samedi 10 octobre 2026

L’Empire des Signatures en Joaillerie : Pourquoi le marché de la seconde main achète de plus en plus des marques, et non des créateurs?

Derrière chaque grande marque de joaillerie se cachent des générations d'artisans, de fabricants et d'ateliers dont les noms ont souvent disparu de la mémoire collective. Alors une question se pose : le patrimoine joaillier appartient-il véritablement aux marques qui l'exploitent aujourd'hui, ou constitue-t-il un héritage commun dont elles ne sont que les gardiennes temporaires ? 


Broche de Nitot en 1802 revendue par Christie's

Exemple : la maison Chaumet écrit aujourd'hui sur son site :

« À Paris, la joaillerie est un art honoré depuis toujours. En 1780, Marie-Étienne Nitot y fonde Chaumet et ouvre le premier chapitre de l'histoire de la Maison. »


Réfléchissons sur cette affirmation. En 1780, Marie-Étienne Nitot fonde sa propre maison de joaillerie. Il ne peut évidemment pas savoir qu'un siècle plus tard, en 1885, cette entreprise sera reprise par Joseph Chaumet et prendra son nom.
https://www.richardjeanjacques.com/2016/11/joaillerie-chaumet-des-origines.html                                                                           
Entre Marie-Étienne Nitot, son fils François-Regnault Nitot, les Fossin, puis les Morel, plusieurs générations de propriétaires et de joailliers se succèdent. Aucun d'entre eux ne porte le nom de Chaumet. Ce n'est qu'à la suite du mariage de Joseph Chaumet avec la fille de Morel, son patron, et de la reprise de l'entreprise familiale, qu'apparaît véritablement la maison Chaumet telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Dès lors, peut-on affirmer que Marie-Étienne Nitot a fondé Chaumet en 1780 ? Ou faut-il plutôt considérer que la maison Chaumet s'inscrit dans la continuité d'une lignée de joailliers dont l'origine remonte à Nitot ?


Réalisée en 1810 à Paris par le joaillier François-Régnault Nitot (maison Étienne Nitot et fils)

Cette nuance n'est pas anodine. Elle pose la question plus générale de l'appropriation de l'histoire par les marques et de leur responsabilité dans la transmission du patrimoine joaillier.

Les archives constituent la mémoire de la joaillerie. Registres de fabrication, dessins, photographies, poinçons, correspondances commerciales, catalogues anciens ou documents comptables permettent de retracer l'origine des créations et le rôle des femmes et des hommes qui les ont réalisées. Lorsque ces archives disparaissent, sont dispersées ou demeurent inaccessibles, c'est une partie du patrimoine joaillier qui s'efface.

Les marques sont certes dépositaires d'un héritage, mais elles sont également détentrices de sources essentielles à la connaissance historique. Dès lors, ont-elles seulement un droit sur cet héritage ou également un devoir de conservation, d'ouverture et de transmission ?


Le "Varuna" pièce la plus ancienne référencée  VCA 

Le cas de Van Cleef & Arpels illustre une autre facette de ce débat. La communication institutionnelle de la Maison met naturellement en avant les créations et les innovations sous la bannière unique de la marque. Pourtant, derrière les grandes avancées techniques et esthétiques se trouvent des dessinateurs, des chefs d'atelier, des sertisseurs, des lapidaires et des artisans dont les noms sont souvent absents du récit officiel.

Les fondateurs eux-mêmes, Alfred Van Cleef et les frères Arpels, étaient avant tout des entrepreneurs et des marchands de bijoux. Alfred avait reçu une formation dans les bureaux parisiens d'un lapidaire jurassien et Salomon Arpels avait travaillé dans l'entreprise de ses beaux-parents qui vendaient des toiles, pas des toiles de maître comme l'avait écrit une influenceuse qui m'avait mal lu, mais plutôt de la toile de jute et autres. 
Les créations qui ont construit la renommée de la Maison sont le fruit d'un travail collectif mobilisant de nombreux talents dont l'identité demeure parfois méconnue.



Il est également frappant de constater que Renée Puissant, née Van Cleef, directrice artistique de la Maison de 1926 à 1938, dirigeante légitime de la maison après la mort de son père Alfred, de  1938 à 1940, personnalité essentielle dans son développement créatif, reste relativement peu présente dans la communication historique de la marque alors que son influence sur l'esthétique et l'évolution de Van Cleef & Arpels est largement reconnue. 
la marque préfère célébrer le mariage romantique d'Esther et Alfred plutôt que le destin managérial et tragique de leur propre fille. (décédée à Vichy le 12/12/1942)
Nous touchons ici au cœur d'une contradiction majeure de l'industrie du luxe. Les marques revendiquent volontiers un héritage pluriséculaire, mais cet héritage est souvent présenté comme l'œuvre d'une entité abstraite et intemporelle : la marque elle-même. Les individualités, les ateliers, les collaborateurs, les sous-traitants et les inventeurs qui ont contribué à sa construction tendent à être effacés derrière un récit unifié destiné à renforcer la puissance du nom commercial.



1937 Van Cleef, mais serti invisible créé par M. Langlois, dont l'atelier passera sous contrôle de VCA en 1932.

C'est une simplification purement stratégique au service de la communication. Une marque est plus facile à valoriser qu'une histoire complexe faite de successions, de collaborations, de rachats, de transmissions familiales et d'innovations collectives. Pourtant, du point de vue patrimonial, l'effacement progressif des acteurs réels pose question. Peut-on préserver fidèlement l'histoire de la joaillerie sans reconnaître ceux qui l'ont effectivement écrite ?


1867 Collier d'Eugene Richet pour Boucheron

Boucheron est un peu différent car le créateur de la maison fut un grand joaillier qui avait appris le métier et l'exerçait avec excellence.


Le premier collier « point d'interrogation de Boucheron » date de 1879, une merveille de Frédéric Boucheron.

Frédéric Boucheron, le fondateur, demeure visible dans le récit historique de la marque. Mais les créateurs, artisans et ateliers qui ont contribué à la renommée de la Maison sont beaucoup moins présents dans la mémoire officielle que le nom commercial lui-même.


Bracelet fabriqué par John Rubel pour Cartier

Cartier : un cas plus complexe
Cartier est probablement l'exemple le plus sophistiqué de construction d'un récit de marque.
La Maison a certes été fondée par Louis-François Cartier, puis développée par ses descendants.


Louis, Pierre, Louis François et Jacques

 Louis Cartier, Pierre Cartier et Jacques Cartier. Le rôle de ces personnalités est reconnu et largement documenté.
Mais lorsque l'on examine les archives (du moins celles qu'on veut bien nous montrer), on découvre une multitude de collaborateurs essentiels : Charles Jacqueau, dessinateur majeur de Cartier pendant plusieurs décennies.
Les équipes d'ateliers parisiens.
Les artisans spécialisés du sertissage, de l'émaillage ou de la glyptique.
Les fournisseurs de pierres et les ateliers indépendants.
Pourtant, dans l'imaginaire collectif, les créations sont généralement attribuées à « Cartier » et non à leurs auteurs identifiés.


Cartier

Je me suis laissé dire que Cartier ne veut plus faire de documents sur un bijou si la personne qui l’apporte pour examen n’est pas l’acheteur officiel dans leur registre ou un descendant de celui-ci, preuve à l’appui.
Il devient impossible pour un marchand d’obtenir un document, une certification si l’objet n’a pas été acheté par lui-même chez Cartier.
Ils ont durci terriblement les possibilités d’authentification. 

Boucheron, Cartier, Van Cleef & Arpels, Chaumet ou d'autres grandes maisons ont chacune construit un récit historique plus ou moins cohérent et puissant. (Van Cleef & Arpels ayant rectifié les erreurs du passé dans le livre Nᵒ 1 de 2023, sur les bijoux de la maison qu'ils collectionnent. Cependant, ce récit tend souvent à privilégier la continuité de la marque plutôt que celle des hommes et des femmes qui l'ont incarnée. Plus la marque devient célèbre, plus les individus qui ont contribué à son succès semblent s'effacer derrière elle.
Or les archives racontent une histoire plus complexe. Elles révèlent que les grandes innovations de la joaillerie sont rarement l'œuvre d'une seule personne ou d'une seule enseigne. Elles sont le résultat d'un écosystème composé de dessinateurs, d'artisans, d'ateliers, de fournisseurs et d'entrepreneurs dont beaucoup ont disparu de la mémoire collective. »

Alors sur quoi repose la politique des marques en joaillerie ? repose sur plusieurs piliers stratégiques visant à préserver l'exclusivité, la valeur et la réputation des maisons.


Boucheron

 Le maintien des prix et la protection du prestige

Cette réécriture de l'histoire sert un but purement économique : imposer des prix stricts et créer une illusion de rareté éternelle…

 Le contrôle de la distribution et l'expérience en boutique

Contrairement à une distribution de masse, la joaillerie privilégie les réseaux de distribution contrôlés (boutiques en propre, réseaux sélectifs stricts).
Mise en scène théâtrale : chaque point de vente est pensé comme un écrin immersif (décorum, service client personnalisé, confidentialité) pour matérialiser l'identité et le patrimoine de la maison.
Virage numérique sélectif : si le secteur s'est ouvert aux plateformes digitales et aux réseaux sociaux pour séduire de nouvelles générations fortunées, l'achat final reste très souvent encadré pour préserver le conseil sur mesure.

 La valorisation du savoir-faire et de la traçabilité


Chaumet

Héritage et storytelling :
la politique de marque valorise fortement l'histoire, les archives, les ateliers de haute joaillerie (souvent situés sur la place Vendôme à Paris pour les grands noms français) et les techniques artisanales uniques.
Cadre légal et poinçonnage : en France, le commerce des métaux précieux est strictement réglementé. Les marques doivent se conformer à des obligations légales strictes, incluant l'apposition du poinçon de fabricant et du poinçon de garantie sur les ouvrages en or, platine ou argent au-delà d'un certain grammage.

Éthique et certifications
: face aux attentes contemporaines, les politiques intègrent de plus en plus des chartes de responsabilité (comme les certifications du Responsible Jewellery Council - RJC) concernant l'origine de l'or et des pierres précieuses.


Cartier

J'ajouterais la lutte contre les contrefaçons et des effets publicitaires pour le faire savoir.
Pour une maison comme Cartier, la contrefaçon industrielle de ses best-sellers (comme les bracelets Love ou juste un Clou) représente une menace constante. Communiquer de manière brute et ultra-visuelle poursuit un triple but :
La dissuasion : Montrer des objets précieux en train d'être réduits en miettes envoie un message violent aux faussaires et aux acheteurs. L'image du bulldozer symbolise la puissance implacable de la loi et de l'État (les douanes) s'abattant sur le marché noir.ou les imitations flagrantes.



Si les destructions par bulldozer ont marqué les esprits des années 1990 et 2000 lors de grandes opérations médiatiques dans les ports ou les aéroports, la politique de communication a radicalement changé. Le bulldozer est devenu obsolète à l'ère du numérique.

Aujourd'hui, la contrefaçon s'est dématérialisée (vente via des comptes Instagram éphémères, cryptomonnaies, liens cachés sur Amazon ou plateformes transfrontalières). La publicité faite autour de la lutte anti-contrefaçon par les directions juridiques du groupe Richemont (Cartier, VCA une vingtaine de marques) privilégie désormais une autre forme de démonstration de force :

La communication par la victoire judiciaire : Les marques communiquent massivement sur les injonctions de blocage de sites internet (comme les victoires de Cartier devant la Haute Cour de Londres obligeant les fournisseurs d'accès à couper les sites de faux).

Les alliances technologiques : L'action conjointe en justice entre Amazon et Cartier pour démanteler des réseaux de trafic de faux bracelets sur les réseaux sociaux montre que la traque est devenue technologique. 

La destruction n'est plus physique et spectaculaire ; elle est numérique, visant à effacer les comptes, fermer les serveurs et couper les flux financiers des faussaires. 
Sources: Ping ti pong, Université de Lille, Miking USA, Cairn Info, Mémoire de Marine Gaillard.

Mais il y a le second marché (si je puis dire).    

Alors pour le marché de l occasion, le choix va-t-il se faire entre le gout et la marque?

Le marché de l'occasion est désormais un géant économique estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars, massivement investi par les nouvelles générations  d'après "58 facettes" Pour ces acheteurs, le bijou d'époque n'est plus seulement un objet d'ornement ou un témoignage d'histoire de l'art ; il est devenu un actif financier stable, liquide et sécurisant.

Beaugrand

Par exemple beaucoup de bijoux art nouveau et art deco, n'avaient pas de marque et sont tres recherchés, mais il semblerait que les antiquaires en joaillerie vont de plus en plus sur des bijoux des grands marques.  Chez les antiquaires et sur les sites internet de seconde main, nous assistons à un véritable arbitrage entre la valeur esthétique (le goût) et la valeur refuge (la marque).
Si les bijoux Art Nouveau et Art Déco non signés restent le cœur historique du métier d'antiquaire, la bascule progressive vers les bijoux de grandes marques s'explique par des facteurs économiques et générationnels très précis

Pourquoi les antiquaires se tournent vers les grandes marques ? Et Pourquoi les amateurs s'arrachent-ils aujourd'hui un bijou d'occasion signé à prix d'or, tout en délaissant des pièces d’époque anonymes d’une qualité pourtant équivalente, voire supérieure ? Tout simplement parce que le marketing de la mémoire a fonctionné : sur le marché de l'occasion, on n'évalue plus le génie du joaillier qui a façonné la matière, mais la puissance spéculative du nom gravé dans le métal.

Le glissement des vitrines d'antiquaires vers les bijoux signés (Cartier, Boucheron, Van Cleef & Arpels Suzanne Belperron) répond je pense, à trois impératifs commerciaux :



La liquidité immédiate :
Un bijou non signé, aussi exceptionnel soit-il, demande du temps pour être vendu. Il nécessite de trouver le client qui a précisément ce "goût". À l’inverse, un bracelet "Clou" de  Cartier ou un trèfle Alhambra de Van Cleef & Arpels se revend en moyenne en moins d’un mois.
Pour un antiquaire, stocker des marques garantit une rotation rapide de sa trésorerie.
( En revanche que penser de ce "clou"  Cartier est a court d'inspiration ? Mon ecole de joaillerie de la rue du Louvre va devoir reviser son enseignement . Quand j'y etais en 1960, mes chers professeurs, Mr Papa, et Mr Laroche auraient eu le hoquet si j avais présenté un tel chef d'oeuvre )


Janesich

La mondialisation et la numérisation des ventes
: Aujourd'hui, une grande partie du chiffre d'affaires des antiquaires passe par internet et les réseaux sociaux. Or, il est extrêmement facile pour un acheteur américain ou asiatique de taper "Clou Cartier" ou "Serpenti Bulgari" dans une barre de recherche. Un bijou Art Déco anonyme, impossible à standardiser par un mot-clé, est beaucoup plus difficile à faire émerger en ligne.

L'effet réconfort contre l'expertise complexe 
: Expertiser un bijou Art Nouveau anonyme demande des compétences pointues (vérification des alliages, taille des pierres à l'ancienne, poinçons de maîtres disparus ou non trouvé). Authentifier un bijou de grande marque moderne ou vintage est souvent plus reconnaissable grâce aux numéros de série gravés, aux registres des maisons et aux certificats d'origine.



Le Turcq

L'ennui c'est que les registres des maisons ne sont pas consultables et toutes informations au sujet du patrimoine des maisons est payante  




Surtout il reste de la place, avec du gout, pour des achats plaisir, a gauche ce bijou en corne  est magnifique  il a été créé par Elisabeth Bonte et celui de droite  par feuillatre.



A gauche un bijou de Janesich et a droite or et émail de Zorra, Zorra cela ne vous dit rien? Allez sur:


Un conseil fréquentez les brocantes spécialisées, les galeries d'antiquités ou les catalogues de petites maisons de ventes aux enchères. Sans la "prime de marque" qui fait exploser le prix des géants de la place Vendôme, on peut y acquérir de véritables objets d'art et d'histoire pour une fraction du prix d'une bague de luxe moderne
Scrutez les détails : la finesse d'un sertissage, le mouvement des lignes ou la patine de la matière. Un bijou qui a du goût se reconnaît à son harmonie visuelle et à sa texture, jamais à l'omniprésence d'un monogramme publicitaire.

Les antiquaires ne délaissent pas l'Art Déco par manque de goût, mais par adaptation économique. Pour survivre face aux grandes plateformes de seconde main,(Type 58 facettes) ils sont obligés de mixer leur stock : des pièces "marques"  qui font tourner la boutique, et des pièces "coups de cœur" anonymes d'époque Art Déco ou Art Nouveau qui préservent leur identité d'antiquaire et leur savoir-faire d'expert.
Vous pouvez faire un commentaire ci dessous l'article ou me l'adresser a : richard.jeanjacques@gmail.com

lundi 5 octobre 2026

Zundel Lipec : histoire d’un fabricant de mallette de beauté luxueuses 1925–1950. De la Lithanie, à Sanary sur mer en France.

 


Merveilleux nécessaire de sac fabriqué par Zundel Lipec

Il y a quatre ans, j'avais répondu à Herbert Horovitz au sujet d'un poinçon.

https://richardcourrierdeslecteurs.blogspot.com/2022/03/lepec.html. Et suite à un échange avec l'excellente Céline David au sujet de son expertise concernant un poudrier signé Marchak, mais poinçonné et fabriqué par Zundel Lipec, elle notait dans son commentaire : "Merci à Jean Jacques Richard pour son blog si instructif !" Je suis retourné lire mon article et je me suis dit que je n'avais pas assez cherché.

On ne connait presque rien de lui, écrasé par les "Marques" qui l'ont fait si bien travailler, Ostertag, Weisager, Boucheron, Chaumet, Marchak, et autres maisons de la place Vendôme que je n'ai pas encore identifiées.

Qui était-il ? Et que sais-je de lui ? 


Zundel Lipec naît le 9 juin 1894 à Saulenaï, en Lituanie, alors province de l’Empire russe. Trouvé grâce au Journal officiel français Il s'agit d'un extrait du Bulletin des lois ou du Journal officiel de la République française listant les décrets de naturalisation ou d'admission à domicile.
« LIPEC (Zundel), ouvrier graveur, né le 9 juin 1894 à Saulenaï (Lithuanie), demeurant à Paris… »

Comme beaucoup d’artisans baltes, il appartient à une génération formée à la gravure sur métal, métier très répandu dans les communautés juives et lituaniennes de la fin du XIXᵉ siècle. La naissance de sa fille Judith, le 18 août 1918 à Kiew à l'époque en (Russie), prouve que la famille Lipec fuit les troubles de la révolution russe. Le même document précise :

« … ayant une fille mineure, Judith, née le 18 août 1918 à Kiew (Russie). »

Son épouse, Chaya Rafalson, née à Kiev en 1895, apparaît également dans les registres :

« RAFALSON (Chaya), femme LIPEC, née le 11 décembre 1895 à Kieff (Russie)… » 
Ce passage par Kiev est typique des migrations d’artisans d’Europe de l’Est vers Paris entre 1919 et 1925.
À partir de 1925, Lipec s’associe avec Grinchteyn. Un poinçon est alors inscrit le 29 avril 1925, portant une gerbe de blé et les initiales G. L. en date du 29-04-1925.


Concernant l’adresse, certains auteurs mentionnent le 7 rue Saint‑Denis, d’autres le 177 rue Saint‑Denis. Je retiens pour ma part la source la plus fiable : les Archives commerciales de la France, qui indiquent le 2 impasse Saint‑Denis.


Dans cet extrait, on voit clairement que Lipec vend son atelier à Grinchteyn, lequel simplifie ensuite son nom en Grinchten. Cela implique que Lipec était déjà installé avant 1925, d’autant plus qu’il avait été associé, un mois et demi, avec André Mondin.

L’association Mondin & Lipec est attestée par le poinçon M & L, insculpé le 6 juin 1923, au 107 rue La Fayette, avec pour symbole une pensée.

Mondin et Lipec (source de la garantie)
Initiales M & L
Localisation : 107 rue La Fayette
Profession : fabricant bijoutier joaillier
Personnes associées : Mondin et Lipec
Symbole : une pensée
Date d'insculpation 06/06/1923 
Numéro du registre de la garantie 
3939
Numéro du registre de la préfecture 17111
Date de biffage  23 juillet 1923

Après ce biffage très rapide, Lipec a vraisemblablement continué en travail à façon, à son compte, jusqu’à la revente de son atelier et au dépôt du nouveau poinçon en avril 1925.
Les registres de population et les poinçons permettent de fixer précisément son installation :
Garantie de Paris, Zundel Lipec (ZL), symbole : une gerbe de blé
Localisation
Paris ; 65 rue de Provence  75

Poinçon de maître : ZL – gerbe de blé.


Voici son poinçon de Maître qu'il a fait insculper en 1928 


Sous le poinçon de maître de Lipec, le poinçon de l'or 3ᵉ titre de 1919 à 1994 Le poinçon de l’or « tête d’aigle – 3ᵉ titre » est celui qui garantit l’or à 750 ‰. C’est un poinçon de titre qui est apposé par un bureau de garantie.

 Vers 1930, il installe son atelier au 59 rue Sainte-Anne à Paris.


Au recensement de 1931, lui et sa femme habitent à Juvisy-sur-Orge, Essonne, en Île-de-France. Il est noté : nationalité française et patron.

Il fait biffer son poinçon le 22 février 1950 pour Paris et va s'installer dans le Var. Il est pourtant toujours cité dans l'Azur en 1952 mais n'y fait plus de publicité.
En revanche dans le Paris Bijoux, il existe un Lipec Horloger habitant Villa Rissouletto à Sanary-sur-Mer.


Il semble que sa femme Chaya Rafalson, qui avait changé son prénom pour "Claire", soit décédée le 5 avril 1956.

Zundel Lipec décède en 1980 à 86 ans à Sanary-sur-Mer. Son fils Jacques décède l'année suivante.


Zundel LIPEC est inhumé dans le cimetière « Centre-Ville » (avenue du 2ᵉ Spahis à Sanary-sur-Mer) emplacement 6-0109 (carré des Figuiers). 

Claire Lipec, née en 1895, appartient à la famille de fabricants‑bijoutiers parisiens dont l’activité est attestée dès le début des années 1920. Elle apparaît dans les documents d’état civil et dans les sources funéraires comme membre du foyer Lipec installé à Paris, puis inhumée dans la sépulture familiale portant l’inscription « Famille Lipec ».
Elle décède le 5 avril 1956, date confirmée par la pierre tombale familiale où figurent également Zundel Lipec (1894–1980) et Jacques Lipec (1925–1981). Cette sépulture constitue l’une des rares sources directes permettant de fixer précisément la chronologie familiale, les archives administratives concernant les artisans joailliers étant souvent lacunaires pour cette période.


Lipec n’est pas seulement un sous-traitant d’Ostertag : il est l’un des plus importants fabricants de boîtiers précieux de Paris, actif pour les plus grandes maisons.

Voici la liste des maisons pour lesquelles il a travaillé, prouvée par les poinçons :

Ostertag

Plusieurs pièces : poudriers, nécessaires, boîtes à charnières perdues.

« Travail français, signé Ostertag Paris et poinçon de fabricant de Zundel Lipec. » 


Trousse de toilette Compacte, française, fabriquée à Paris pour Ostertag par Zundel Lipec. Or, argent, sertie de diamants et de rubis. 1940 : revendue par la maison Tajan


ARNOLD OSTERTAG - ANNÉES 1930



INCROYABLE PAIRE DE BOÎTES DIAMANTS
Elle comprend un NÉCESSAIRE et une BOÎTE en or jaune finement côtelé, les fermoirs formant des gradins symétriques ornés de diamants taille brillant (taille ancienne) et baguette. Les intérieurs dévoilent un miroir, un compartiment à poudre et un porte-rouge à lèvres pour le nécessaire et un miroir et un grand compartiment pour la boîte. Signés Ostertag Paris et poinçon de fabricant de Zundel Lipec.
Travail français.
Poids brut : 311,09 gr.
Dimensions : 6,2 x 7,4 x 1,4 cm (nécessaire) et 5,8 x 7,6 x 1,6 cm (boîte).
Provenance : succession de la baronne Gunhild Thyssen-Bornemisza de Kaszon.





Provenance : succession de la baronne Gunhild Thyssen-Bornemisza de Kaszon.
Revendus par la maison Tajan.
OSTERTAG
Mallette de beauté ou vanity case revendue par Maître Tajan. Rectangulaire en or jaune 18 k émaillé de rinceaux et enroulements feuillagés en champlevé, le couvercle appliqué d'un semi de diamants piriformes ou triangulaires, de rubis, de saphirs ou d'une émeraude gravés. Le pourtour en or gris ciselé de godrons, le poussoir invisible, l'intérieur comportant un miroir et deux compartiments à couvercle 
Vers 1935.


OSTERTAG Paris Étui en argent et or 750°/°° à décor deux tons de rayures. Signé et poinçon Maître Orfèvre ZL de Zundel Lipec Housse siglée Circa 1930, 11 x 8 x 1 cm. Poids : 183,8 g.


Weisager Paris




ANNÉES 1940 - WEISAGER PARIS
POUDRIER OR ET RUBIS SERTI INVISIBLE
Il est de forme carrée en or jaune finement strié, une agrafe pavée de rubis calibrés en serti invisible et une barrette de diamants taille brillant. Le bouton poussoir serti de rubis calibrés. L'intérieur dévoile un miroir et un compartiment à poudre. Travail français signé Weisager Paris et poinçon de fabricant de Zundel Lipec.
Poids brut : 172,32 g 
Dimensions : 7,4 x 7 x 1,1 cm. revendu par la maison Tajan

Boucheron


BOUCHERON
POUDRIER carré en or jaune (750 ‰) guilloché et monogrammé « SPM », ouvrant à « charnières perdues » sur un miroir (chocs) et un tamis. Poussoir serti de trois saphirs calibrés. Travail français.
Signé BOUCHERON. Vers 1940. Dans un étui en suédine beige.
Poinçon de maître du joaillier Zundel LIPEC.
Dim.: 7,5 x 6,9 cm. Poids brut : 126,3 g.


Signé BOUCHERON. Vers 1940. Dans un étui en suédine beige. 
Poinçon de maître du joaillier Zundel LIPEC.
Dim.: 7,5 x 6,9 cm. Poids brut : 126,3 g.

Chaumet


CHAUMET Briquet en argent 1ᵉʳ titre 950 ‰, de forme rectangulaire à décor de pointes de diamant, le couvercle serti de trois saphirs calibrés. Travail français, poinçon de l’atelier de Zundel Lipec

Marchak


POUDRIER EN ARGENT (950 millièmes) et or composé d’un miroir, d’un verre biseauté entouré d’argent sur un séparateur à poudre. Motif à fins godrons sur toute la surface, fermeture en or jaune 18k (750 millièmes) et plaque en or ornée des armoiries de la famille d’Huart. La famille d’Huart, ayant obtenu le titre de Chevalier du Saint-Empire au XVIIᵉ siècle puis de Baron au XVIIIᵉ siècle, est de noblesse belge, luxembourgeoise et française au blason « D’argent à une branche de houx de sinople feuillée de cinq pièces et fruitée de gueules de quatre pièces, mouvante d’une terrasse d’or enflammée de cinq pièces ». La devise est « Mon cœur comme mon houx arde » sous le blason.


Ces différents éléments sont repris sur le poudrier. Excellent état. Léger enfoncement sur l’un des côtés. 
Poinçon Minerve 1 indiquant un titrage d’argent très pur (950 millièmes). Poinçon de maître près du miroir R. [croix de vie] S pour Soubrenie Bois, 4 bis rue Saint-Sauveur à Paris. Poinçon de maître Z [gerbe de blé] L pour Zundel Lipec qui a travaillé avec les grandes maisons parisiennes, il semblerait qu’il aurait notamment apporté son expérience pour les charnières invisibles, les articulations et mécanismes de fermeture dont il aurait déposé les brevets d’invention auprès de l’Office de la propriété industrielle en France durant l’entre-deux-guerres. Objet signé Marchak suivi du numéro 53066. Merci à Jean-Jacques Richard pour son blog si instructif ! 
Dimensions : 6,7 x 7,8 x 1,5 cm. 
Poids brut : 125,6 g. 


Il semblerait qu’il aurait notamment apporté son expérience pour les charnières invisibles, les articulations et mécanismes de fermeture dont il aurait déposé les brevets d’invention auprès de l’Office de la propriété industrielle en France durant l’entre-deux-guerres. Objet signé Marchak suivi du numéro 53066. Dimensions : 6,7 x 7,8 x 1,5 cm. Poids brut : 125,6 g.  Le texte est de l'expert Céline David, En vente chez Jura Enchères le 23 novembre 2026.



En résumé le boitier est de Zundel Lipec, l'entourage de la glace en argent (Minerve) est de Soubrenie, ou de Raymond Soubrenie qui obtient son insculpation le 8 mars 1945 ou en juillet 1946 lorsque Raymond Soubrenie va s'associer avecMaxime Bois, et  ce poudrier est fabriqué par eux, pour Alexandre Marchak.



Marchak  Etui à cigarettes bicolore en or et rubis En or guilloché avec des coins en rubis taillés au carré, s'ouvre sur un miroir et un compartiment Or rose et blanc 18k Signé Marchak Paris, numéroté, avec la marque du fabricant pour Zundel Lipec 2.625 x 2.50 x 0.375 in ; Poids brut 90.5 dwts Cette oeuvre revendue chez Lot Art sera expédiée d'un marchand de  Lambertville, New Jersey.


MARCHAK Étui à cigarettes en argent (800/oo) et or jaune 18K (750/oo) à décor de rainures et de godrons, les tranches et le fermoir, agrémenté d'un cabochon de saphir  lisses. Signé et numéroté, porte le poinçon de M-O de LIPEC Zundel revendu chez Lot Art


Poudrier multifonction Art déco français en saphirs et diamants. Boîtier en argent godronné, orné de saphirs taille carrée et de diamants taille 8/8 ; s'ouvre pour révéler une montre, un briquet, un porte-rouge à lèvres, un étui à cartes et un compartiment à poudre. Argent et or rose 18 carats. Signé du poinçon de maître de Zundel Lipec. Dimensions : 3,375 x 2,75 x 0,75 pouces ; poids brut : 197,5 dwts. Vendu avec son écrin en velours. Cet objet sera expédié depuis Lambertville, dans le New Jersey.  Les saphirs présentent une teinte saturée et une bonne transparence. Diamants : 14 pierres, poids total estimé à environ 0,45 ct par mesure. Poinçons : « Déposé 39149 » et poinçons de garantie français. Revendu chez Lot Art

Rago Arts / ventes américaines



Mallette de beauté Art déco en argent et rubis synthétiques signée Zundel Lipec. Le boîtier et le fermoir sont sertis de rubis synthétiques taille rectangulaire ; l'intérieur comprend un miroir, des compartiments pour cosmétiques, un porte-rouge à lèvres et un peigne. En argent partiellement doré. Signée du poinçon de fabricant Zundel Lipec. Dimensions : 4,25 x 3,25 x 0,75 pouces ; poids brut : 206,3 dwts. Cet objet sera expédié depuis Lambertville, dans le New Jersey.  Porte les poinçons de garantie français.


Etonnant , ces rubis sont synthétiques ce qui ferait penser a une fabrication ayant eu lieu pendant la guerre 1939-1945 : revendu chez Lot Art

Je me suis permis de rectifier le texte de  Rago Arts en  Changeant" Minaudière" par Mallette de Beauté, car l'appellation Minadière est déposée par Van Cleef & Arpels, quant a l'appellation "Rubis synthétique" les règles de la CIBJO  l'interdisent et on doit ecrire "Corindon Synthétique"

Victoria & Albert Museum (Londres)


Poudrier  Or et argent ; le fermoir est serti de diamants et de rubis cabochons.
 Paris, 1930-1940 ; réalisé pour Ostertag par Zundel Lipec. 
Poudrier rectangulaire en or et argent orné de bandes de lignes verticales et de courtes lignes horizontales.Dimensions Hauteur : 8,1 cm Largeur : 6,5 cm Profondeur : 1,2 cm 
Marques et inscriptions Marqué :  « OSTERTAG PARIS »  'DÉPOSÉ 39113'
Poinçon « ZL »  pour Zundel Lipec. 
Ligne de crédit
La collection Bettine, Lady Abingdon, léguée par Mme TRP Hole



Autres

ANNÉES 1940 POUDRIER POISSONS Il est rectangulaire en argent, le couvercle à décor de vagues stylisées et de poissons en or rose 18K, les bulles rehaussées de petits diamants taille brillant et ronds. L'intérieur découvre un miroir et un compartiment à poudre. Fermoir orné de trois petits saphirs calibrés. Poinçon de fabricant de Zundel Lipec.  Poids brut : 160,33 gr. Dimensions : 6,1 x 7,5 x 1 cm. . Revendu chez Lot Art


Briquet en argent et or 18 carats (750 0/00) laqué crème. Le capuchon décoré de deux lignes de quatre rubis calibrés . Poinçon de maitre de l’atelier Zundel Lipec  . Poinçon ouvrage mixte Poinçonné en occasion au Hibou sur la partie extérieure et poinçon au sanglier à l’intérieur du briquet . C.1940. Hauteur : 6 cm Poids brut : 44,2 grammes.


C'est une boite à cigarettes émaillée, fabriquée par Zundel Lipec  très beau travail.

1960  Zundel , en retraite, dépose un brevet insolite.


Dispositif à gaz permettant de modifier la section de sortie des brûleurs à gaz par le simple remplacement de peignes calibrés en fonction des caractéristiques des gaz utilisés et des débits requis.

Si vous avez des documents le concernant, d'autres bijoux, écrivez à : richard.jeanjacques@gmail.com


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